Guide du patrimoine : Landunvez

dimanche 14 août 2011
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Ancienne paroisse de l’archidiaconé d’Ack, la commune de LANDUNVEZ comprend, outre le bourg, la campagne environnante ainsi que les agglomérations d’ARGENTON, de KERSAINT, et de TREMAZAN.

La population est composée principalement de cultivateurs, avec quelques pêcheurs à TREMAZAN et ARGENTON et pas mal de retraités. Certains résidents vont travailler à BREST ou dans les environs. Les commerçants et les artisans ne sont pas nombreux.

MONUMENTS MEGALITHIQUES

Le territoire de LANDUNVEZ est un peu moins riche en monuments mégalithiques que celui des communes voisines.

On peut signaler spécialement le dolmen de Saint-Gonvel, sur une butte à une cinquantaine de mètres dans l’ouest de la chapelle du même nom ; parmi les huit menhirs qui ont été dénombrés, celui de Saint-Gonvarc’h, qui a 6,50 m de hauteur, et celui de Foshuel, à moitié enfoui dans un talus à l’est du hameau de Saint-Samson, sur lequel les gens se frottaient le dos pour en redresser les malformations et guérir leurs rhumatismes ; un lech (stèle) près de la chapelle de Saint-Samson, dont le sommet est creusé de cinq trous ; un autre lech octogonal, provenant du champ où se trouvait la chapelle de Saint-Sébastien aujourd’hui disparue et qui a été transporté dans un jardin donnant sur le chemin Tréas, à KERSAINT.

CHATEAU MEDIEVAL

Le sol de notre commune porte les imposantes ruines du château de TREMAZAN, dont le donjon éventré s’élève au-dessus d’un marécage hérissé de joncs.

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Chateau de Trémazan

En ce lieu, un castellum d’origine romaine existait probablement déjà au Vlème siècle. Au temps de SAINT-LOUIS, Bernard DU CHASTEL, dont la famille était la plus puissante de la région et donna à la BRETAGNE et à la FRANCE d’illustres chevaliers, reconstruisit la forteresse ancienne qui avait été démantelée pendant les guerres féodales et que son épouse, Constance de LEON, lui apporta en dot ; le donjon carré, datant du Xlème ou Xllème siècle fut cependant conservé.

Le château de TREMAZAN resta une des demeures principales de la famille DU CHASTEL jusqu’à la fin du XVIème siècle ; il passa alors en d’autres mains et il appartenait aux GONTAUD-BIRON quand la Révolution éclata. A partir de la moitié du XVIIIème siècle, il tomba en décrépitude, au point qu’il fut exploité comme carrière pour des constructions brestoises.

On y trouverait encore des restes intéressants, mais les pierres s’écroulent et la visite des ruines, considérée comme dangereuse, est interdite. La masse farouche de la vieille forteresse se découpant dans un site romantique n’est plus animée que par le tournoiement des vols noirs des corneilles et la difficulté d’en approcher augmente son mystère.

EDIFICES CHRETIENS

C’est également à la famille DU CHASTEL qu’est liée l’histoire de la chapelle Notre-Dame de KERSAINT, élevée vraisemblablement à l’emplacement de sanctuaires plus anciens. Grâce aux libéralités de Messire Jean du CHASTEL, évêque de CARCASSONNE, une chapellenie y fut établie vers le milieu du XVème siècle et une collégiale y fut créée le 10 mars 1518 par le seigneur Tanguy DU CHASTEL.

L’édifice actuel semble dater en majeure partie du XVIème siècle ou du XVIIème. Le portail du bas de l’église est encadré de guirlandes de fleurs et d’animaux ; l’écusson des DU CHASTEL qui le surmontait a été martelé pendant la Révolution. En face, un ossuaire en moellons plats comporte treize niches destinées à contenir des crânes.

A l’intérieur on remarque plusieurs statuettes ; en particulier, sous un triple baldaquin, une statue ancienne de Notre-Dame de Bon-Secours, patronne de la chapelle, tenant l’Enfant-Jésus auquel elle présente une grappe de raisins ; ainsi qu’une statue assez vermoulue de Saint-Anne ayant à ses pieds la Sainte-Vierge, sur un escabeau, avec l’Enfant-Jésus qui mange dans une écuelle. Deux maquettes de voiliers qui étaient placées en ex-voto ont été volées il y a quelques années. Sur les poutres sont figurées les armes de la famille DU CHASTEL et des familles qui lui sont alliées.

On trouve dans l’église deux foyers, l’un en bas de la nef, l’autre dans un angle de la chapelle latérale. Ils étaient probablement destinés à recevoir de la braise pour réchauffer les pèlerins qui passaient dans le sanctuaire la nuit précédant les Pardons. Un sombre couloir longitudinal donne - serait-ce à l’usage des "kakous" (lépreux) ? un accès direct à la chapelle latérale.

Sur les vitraux, sont représentées certaines scènes de la vie de Saint-Tanguy et de Sainte-Haude - ou Eodez - dont l’histoire légendaire est, en résumé, celle- ci : Galon, seigneur de TREMAZAN au sixième siècle, avait eu deux enfants, Gurguy et Haude, de sa première épouse. Celle-ci étant morte, Galon se remaria avec une fille de GRANDE-BRETAGNE qui se montra une vraie marâtre pour ses beaux-enfants. Le garçon put se réfugier à la cour du roi Childebert, alors que la jeune fille eut à subir les pires traitements et fut finalement chassée de la maison paternelle.

Quand Gurguy revint, il s’étonna de ne pas trouver sa sœur ; mais sa belle-mère lui dit qu’elle avait été obligée de l’éloigner à cause de sa mauvaise conduite. Indigné contre sa sœur, Gurguy partit à sa recherche et la rencontra en train de laver près d’une fontaine. Haude ne le reconnut pas et pris la fuite, ce qu’il intérpréta comme un aveu des accusations portées contre elle. Il la rattrapa et, dans sa colère, lui trancha la tête d’un coup d’épée.

Il ne tarda pas à apprendre que Haude était une sainte fille, supportant avec une patience admirable les outrages de sa marâtre. A son retour au château, il mit son père au courant de ce qu’il avait fait et de ce qu’il avait appris. A ce moment, Haude se présenta, tenant sa tête entre ses mains ; elle remit sa tête sur son cou et sa marâtre, dans un coup de tonnerre, tomba à terre, foudroyée. La sainte recommanda à son frère de faire pénitence, puis elle mourut pieusement et fut inhumée dans l’église de LANDUNVEZ.

Gurguy se convertit. Il entra en relation avec Saint-Pol de LEON qui changea son nom en celui de Tanguy, et il se retira dans un ermitage. Par la suite, il fonda le monastère de SAINT-MATHIEU ainsi que celui de GERBER.

On dit que des œillets rouges appelés "chinoff Santez Eodez" fleurissent sur les murailles du château de TREMAZAN et, dans la cour et dans les fossés, on trouve une plante nommée "Bouzellou an itroun" (les entrailles de la dame) en allusion à l’horrible fin de celle qui persécuta Sainte-Haude.

La chapelle Notre-Dame de KERSAINT est l’objet d’une grande vénération dans le pays. Jusqu’au milieu du siècle, les pardons y réunissaient des foules nombreuses avec grand déploiement de bannières brodées.

Comme dit précédemment, en 1518 - c’est-à-dire au début du règne de FRANÇOIS 1er-Tanguy, seigneur DU CHASTEL, "étant au lit, mal disposé de sa personne, sain toutefois d’entendement", établit par testament une fondation destinée à l’entretien de six chapelains-chanoines, afin qu’ils assurent le service religieux du sanctuaire de Notre-Dame de KERSAINT. La collégiale subsista jusqu’à la Révolution.

Les chanoines étaient vraisemblablement vêtus de blanc, car les maisons qu’ils habitaient dans le hameau de KERSAINT et qui existent encore, plus ou moins transformées, sont appelées "tiez ar Veleien gwenn" (les maisons des prêtres blancs).

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La plus importante "maison des chanoines" a été acquise par la municipalité de LANDUNVEZ en vue de restauration. C’est une construction de type léonard, solide, simple et dépouillée, datant peut-être de la seconde moitié du XVIème siècle. Elle comprend deux étages et elle était couverte en ardoise dès l’origine. Le sol est en terre battue. Au premier étage, trois chambres avec cheminées et évier ; les combles offrent deux autres chambres sans cheminée. Certains aménagements font penser qu’une officine d’apothicaire y était installée.

La chapelle Saint-Gonvel, à ARGENTON, est un édifice remontant au XVIème siècle, autrefois vénéré particulièrement par les marins. On y voyait quelques statues anciennes et des bateaux en ex-voto, qui n’y sont peut-être plus.

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Sur la côte, la chapelle de Saint-Samson porte la date de 1785. On y célébrait un pardon avec bénédiction de la mer. Les statues qu’elle contenait ont été volées. L’église paroissiale de LANDUNVEZ, placée sous le vocable de Saint-Gonval, a été construite en 1876 dans le style dit “néo-breton”.

Les chapelles Sainte-Haude, Saint-Sébastien, Saint-Ignace et Saint-Gonvarc’h ont été détruites.

Quant aux calvaires et aux croix en granit qui parsèment le pays - plusieurs croix datent du Haut Moyen-Age -, il y en a trop pour les énumérer. D’ailleurs, nombreuses sont les croix déplacées ou transportées dans des jardins.

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MANOIRS

Près de LANDUNVEZ, le manoir de TROMENEC est une petite mais pittoresque demeure du XVIIème siècle. Il a vu naître en 1650 Dom Maur Audren de KERDREL, moine bénédictin surnommé le "Père de l’histoire bretonne" ; cet homme de grand talent a amassé les matériaux qui ont servi à Dom LOBINEAU pour la rédaction des œuvres magistrales qu’ont été son "Histoire de BRETAGNE" et sa "Vie des saints de BRETAGNE".

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Manoir de Troménec

On peut voir aussi, près de Saint-Gonvarc’h, le manoir de KERHOUEZEL, transformé en ferme. Le manoir de BEAUDIEZ, berceau d’une ancienne famille léonarde, a cédé la place à une maison sans caractère.

Curiosité diverses

La fontaine Sainte-Haude se trouve à 500 m dans le sud-est de la chapelle de KERSAINT, dans un terrain embroussaillé dominant le ruisseau qui sépare les communes de LANDUNVEZ et de PLOUDALMEZEAU, au voisinage du Moulin PROVOST. Actuellement, il est difficile de la découvrir et elle se dégrade de plus en plus.

C’est une source ceinte de dalles, enfouie dans la végétation. Une rigole en pierre déverse l’eau d’un premier bassin dans un lavoir.

La tradition dit qu’en ce lieu Sainte-Haude aurait été décapitée par son frère. Certaines petites feuilles qui trempent dans la fontaine sont réputées se teindre en rouge à la fin de l’été, et l’eau passait pour avoir propriété de guérir les verrues.

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Une autre petite fontaine renommée est située en-dessous de la chapelle de St-Samson. Le jour du pardon, on y trempait les enfants qui avaient besoin d’acquérir de la vigueur.

Il y a une cinquantaine d’année, sept ou huit fours à goémon s’échelonnaient sur la falaise qui domine la mer entre la pointe Galaïte et Saint-Samson. C’étaient de longues auges faites en pierres juxtaposées où, après séchage, le goémon était brûlé pour en extraire de la soude. On n’en retrouve que quelques vestiges.

La pointe Galaïte ferme l’anse de PORTSALL. Elle porte un petit édifice en pierre qui est une cabane de douanier, autrefois corps de garde.

On compte une dizaine de moulins à eau sur le ruisseau qui sépare la commune de PLOUDALMEZEAU de celles de LANDUNVEZ et de PLOURIN. Deux seulement sont sur notre rive, à l’embouchure du ruisseau dans l’anse de KERSAINT. Le plus en aval était pittoresque avec ses avancées compliquées et ses auvents de charpente et d’ardoises, mais il a subi de graves endommagements et il est maintenant fortement délabré. On peut citer également les moulins du ruisseau de LANDUNVEZ, en amont du bourg, à TROMENEC, et MILIN GOZ à PENFOUL.

Des fours à pain et de jolis puits subsistent encore dans un assez grand nombre de maisons.

Les panoramas que les promeneurs découvrent de la route touristique littorale sur les contours de la côte et sur les roches de PORTSALL et d’ARGENTON n’ont pas besoin d’être commentés. Pour compléter le circuit, on peut contourner à pied la presqu’île de Saint-Gonvel, accéder au dolmen et s’approcher de l’île d’Iock.

QUELQUES TRAITS DE NOTRE HISTOIRE LOCALE

A la fin du XVIIème siècle, il fut question de transférer à Notre-Dame de RECOUVRANCE la collégiale de KERSAINT qui avait été fondée un siècle et demi auparavant. Cela donna lieu à d’âpres controverses et une procédure fut engagée en 1691 devant la Cour de l’Officialité de Léon, sans résultat semble-t-il.

Messire Guillaume RANNOU nous apprend que sous le règne de LOUIS XIV les marins de KERSAINT se livraient au cabotage et qu’ils étaient aussi amenés à servir sur les vaisseaux du Roi.

Peu avant la Révolution, le recteur de LANDUNVEZ, répondant à une demande d’enquête de son évêque, comptait que parmi les 292 familles vivant dans sa paroisse, 31 personnes pratiquaient la mendicité. Il en donnait les causes suivantes : "une misérable habitude à mendier fait à plusieurs de nos pauvres préférer la mendicité au travail. Le défaut de terres à cultiver y force d’autres, et la langueur du commerce rendant la navigation et moins commune et moins lucrative y engage les femmes et les enfants de nos marins".

En ce temps, la réglementation de la coupe du goémon était d’un intérêt capital pour la population qui en tirait chauffage et engrais. Elle donnait lieu à des discussions et à des doléances.

ARGENTON armait des caboteurs allant jusqu’en ANGLETERRE, en HOLLANDE et en Espagne ; de cette époque restent certains vieux logis de capitaines marchands, en pierre de taille, d’apparence digne et cossue avec leurs jardins murés et leurs cheminées à corniche. Le hameau de KERSAINT, de son côté, était habité par quelques négociants faisant du commerce maritime et quelques autres petits bourgeois, peu nombreux au total.

La Révolution fut bien accueillie par ces notables. Un arrêté départemental du 21 avril 1791 supprima la collégiale de KERSAINT. Les chanoines, dont la moitié étaient d’ailleurs caducs et infirmes, furent dispersés et deux d’entre eux incarcérés à LANDERNEAU. Cependant, le curé constitutionnel envoyé par le District de BREST à LANDUNVEZ, en remplacement des anciens pasteurs qui refusaient le serment, fut très mal reçu par ses ouailles ; ceux-ci ne voulaient avoir affaire qu’à leurs anciens prêtres non jureurs. La lutte pour la liberté religieuse fut probablement la seule résistance ouverte au nouveau régime dans notre commune.

Après le Concordat, un nouveau recteur fut désigné, Monsieur PELLETEUR, qui revenait d’ESPAGNE où il avait passé dix ans d’émigration. Son ministère fut cependant entravé pendant plusieurs années par les menées d’un prêtre exalté, Monsieur Yves HELIES, originaire de LANDUNVEZ, lui aussi de retour d’exil, qui repoussait toute conciliation entre le Pape et l’Empereur. Jouissant d’une auréole de Confesseur de la Foi, l’abbé HELIES constitua une "petite Eglise" à LANDUNVEZ et n’accepta de se soumettre à l’autorité de l’évêque qu’après de nombreuses démarches.

Quand les Allemands arrivèrent en BRETAGNE en juin 1940, des groupes de jeunes gens et de militaires s’enfuirent d’ARGENTON à bord d’une vedette des Ponts et Chaussées qui les transporta à OUESSANT, d’où ils gagnèrent l’ANGLETERRE.

Les Allemands occupèrent la côte pendant quatre ans. Pour la mettre en état de défense, ils construisirent des blockhaus et barrèrent l’accès des plages par des murs en béton qui sont encore en place. Quand ils se retirèrent à la Libération, ils firent sauter le sémaphore de la pointe de LANDUNVEZ, dont les débris se voient toujours au-dessus de la route touristique.


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