Guide du patrimoine : Porspoder

jeudi 25 août 2011
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Ancienne trêve de PLOURIN, érigée en paroisse au XVIIème siècle, devenue commune en janvier 1790, PORSPODER fait partie du canton de BRELES pendant sa brève existence (5 Fructidor an III - 28 Pluviôse an VIII), puis de celui de PLOUDALMEZEAU. Avant la Révolution, la paroisse devait inclure l’Ile Dolvez (presqu’île du Vivier) et atteindre le ruisseau d’ARGENTON ; mais ce port faisait partie de LANDUNVEZ dont le recteur procédait à la bénédiction des bateaux. En 1869, l’important secteur et le port de LABER furent rattachés à LANILDUT, ce qui aggrava la décadence maritime, déjà amorcée, de PORSPODER. Depuis 1970, la fusion communale de LARRET et de PORSPODER (accomplie au spirituel dès 1807) accentua la vocation agricole du nouvel ensemble.

Ce territoire a connu un peuplement très ancien : le nombre des mégalithes en témoigne. Certains ont disparu, détruits par les carriers ou, pour le menhir de l’île Melon, par les explosifs des occupants allemands : disparition que ne compense évidemment pas le surgissement dérisoire de ceux que dressent, près des résidences secondaires, des "Obélix" mécanisés ! Pourtant, les archéologues trouvent encore de quoi satisfaire largement leurs curiosités (cf. la liste annexe). La période gallo-romaine n’a guère, en revanche laissé de traces : on a découvert quelques tuiles à LARRET, une monnaie à PORSPODER.

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Menhir de Saint Dénec

L’hagiographie bretonne associe PORSPODER à l’arrivée en ARMORIQUE de deux saints venus d’Outre-Manche. Selon une biographie rédigée au IXème siècle par Wrmonoc, moine de LANDEVENNEC, le gallois Paul Aurélien, futur Saint-Pol de Léon, aurait, après un bref séjour à OUESSANT, débarqué, trois siècles plus tôt, près de MELON (MEDIONA). Il ne fit qu’y passer. Albert LE GRAND, dominicain de MORLAIX, publia en 1640 "l’Histoire admirable de Saint-Budoc… et de la Princesse Azénor de Léon, sa mère...". Si on l’en croyait, venant d’IRLANDE dans une auge de pierre miraculeusement flottante, Budoc aurait pris terre, en 585, sur la grève, au pied de l’église actuelle, dont il est le saint patron. Un saint voué aux navigations merveilleuses, puisqu’il serait né 45 ans plus tôt dans le tonneau, guidé par un ange, qui, de BREST à BEAUPORT d’IRLANDE, servit de fragile esquif à sa mère abandonnée aux flots sur une dénonciation calomnieuse de sa marâtre. Ces deux traversées insolites sont évoquées sur les volets du triptyque de bois peint qui sert aujourd’hui de retable à l’un des autels latéraux de l’église paroissiale.

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Eglise

Budoc aurait vécu une année dans un ermitage au bord de la grève, puis, gêné par le bruit de la mer, il serait parti pour PLOURIN avant de rejoindre à DOL Saint-Magloire, archevêque auquel il succéda. Derrière les fantaisies chronologiques et géographiques, ou le merveilleux des légendes, on entrevoit la réelle existence de Paul Aurélien, et celle d’un Budoc qui fut, peut-être près de BREHAT, un écolâtre apprécié. Mais, de Saint-Dénec et de Saint-Ourzal, éponymes de lieux-dits, on ne sait rien, et guère davantage de Saint-Léonor le patron de LARRET.

Le 25 juillet 1644, Henriette de FRANCE débarqua en PORSPODER. Fut-ce à MELON ou à l’ABER ? A quinze jours d’intervalle, Autret de MISSIRIEN, le "correspondant" bas-breton de la "GAZETTE" de Théophraste RENAUDOT, a indiqué l’un et l’autre lieux. La fille d’HENRI IV, épouse de CHARLES 1er D’ANGLETERRE fuyait son royaume et les soldats de CROMWELL qui, cinq ans plus tard, allait faire exécuter le Roi. Elle avait quitté FALMOUTH la veille sur un vaisseau hollandais, accompagnée de sa fille, Henriette d’ANGLETERRE, âgée de quelques jours. Le vaisseau ne pouvait, faute de vent, rallier BREST et les navires des insurgés le traquaient. La Reine se résigna à le quitter et accosta difficilement dans une barque arborant une étoffe blanche : les évolutions navales avaient mis les habitants de la côte en état d’alerte :  ils accueillirent la Reine qui, après avoir pris quelque repos "dans une maison couverte de chaume", se rendit à BREST avant de poursuivre son voyage vers PARIS par le sud de la BRETAGNE et la LOIRE.

La défense côtière fut à PORSPODER, comme sur tout le littoral, une préoccupation constante. Lorsque fut instituée, en 1681, la milice garde-côtes, réorganisée en 1756 et 1778, la paroisse eut à fournir son contingent par tirage au sort. En cas de crise, des troupes régulières renforçaient la milice : ainsi en mai 1758, le 1er bataillon du Régiment de BOURBON stationna un moment à PORSPODER pour parer à un éventuel débarquement anglais qui eut lieu en septembre à SAINT-BRIAC et se termina par la déroute de SAINT-CAST. Des défenses fixes établies le long du rivage, on voit encore à MELON une poudrière avec poste de guet, et, à la presqu’île Saint-Laurent, adossée à un rocher, une autre construction dont la ruine s’accentue.

A vrai dire, l’histoire, riche en naufrages, n’a conservé le souvenir d’aucune descente ennemie sur les côtes de la paroisse : elles étaient difficilement accessibles à des étrangers lorsque n’existaient ni les balises ni le phare du Four. Les marins de PORSPODER n’en eurent pas moins à souffrir dans leurs activités des guerres qui opposèrent LOUIS XIV, LOUIS XV, LOUIS XVI, NAPOLEON Ier aux puissances maritimes, PAYS-BAS et ANGLETERRE.

Or, pendant plusieurs siècles et jusqu’à une époque récente, PORSPODER a surtout vécu de la mer. Les bateaux de LABER, parfois affrétés par des étrangers, faisaient un commerce actif sur toutes les côtes de FRANCE, et aussi avec les ports espagnols, anglais ou hollandais. Dès le XVIIIème siècle, le développement du réseau routier, facilitant les charrois terrestres, porta un rude coup au cabotage ; au XIXème siècle, dans le trafic international, la voile ne résista pas à la concurrence des vapeurs que les mouillages d’échouage ne pouvaient guère accueillir.

La pêche évolua au fil des ans. Lorsque, pour des raisons climatiques mal établies, la morue, abondante au XVème siècle, eut émigré vers les lointaines mers nordiques, on pêcha abondamment sardines, maquereaux, raies et crustacés. Le chalutage et l’industrialisation des pêches maritimes ont mis pratiquement fin, à PORSPODER, à cette activité. La découverte des vertus thérapeutiques de l’iode, au début du XIXème siècle, avait assuré la prospérité d’une profession nouvelle, les goémoniers, souvent mi-marins, mi-paysans. Elle fut ruinée par la décadence de cette industrie chimique aux alentours de 1930. Une trentaine d’années plus tard, l’utilisation massive des alginates a redonné vie à la récolte des algues à l’aide de barques spécialement équipées. Contrairement aux communes littorales voisines, PORSPODER n’a guère participé à la reprise. Il devient chaque jour plus difficile de repérer ici ou là, sur les dunes, la trace d’un de ces innombrables fours à soude où, après le séchage de leurs moissons marines, les goémoniers d’antan les brûlaient pour en envoyer le produit aux usines qui jalonnaient la côte du LEON. L’un d’eux a été correctement restauré à la presqu’île Saint-Laurent à l’occasion des prises de vues d’un téléfilm : puisse-t-il être préservé !

Avant et après le rattachement de LABER à LANILDUT, de nombreuses barques de pêcheurs et de goémoniers s’abritaient à MELON, MAZOU, à la grève du bourg ou à PORS-DOUN. La plupart ont disparu, et ce sont les plaisanciers qui animent désormais ces mouillages. Le temps n’est plus où, en 1767, le Corps Politique (c’est-à-dire les administrateurs) de la paroisse écrivait au Duc d’AIGUILLON, commandant en chef dans la Province : "Tous nos gens sont à la mer... étant obligés, pour gagner leur vie de suivre la profession de marins." Profession dangereuse, mais souvent lucrative.

Vers 1830, Jean-François BROUSMICHE notait la relative aisance de la population maritime de PORSPODER. C’est d’elle qu’est sortie l’authentique aristocratie locale. Dès le XVIIème siècle, les KERMENOU avaient déserté leur manoir à pigeonnier seigneurial, et KERAZANT, en LARRET, avait connu le même sort. Mais, les capitaines-marchands enrichis ont édifié les belles constructions en pierre de taille qu’on découvre dans la commune et dans l’ancien quartier porspodérien de LABER : résidences dont de hautes murailles abritent parfois le jardin avoisinant, ou fermes d’importance variable dont la façade, bien dégagée, s’oriente au midi, alors que, vers le nord, les dépendances, de hauteurs inégales, cernent une courette dont une porte étroite au linteau de pierre ferme l’enceinte. C’est à leur propos que BROUSMICHE écrivait : "Une foule de petits manoirs existent dans PORSPODER : ils sont simples, sans décoration architecturale ; nul fait ne se rattache à aucun d’eux". Ils ont souvent perdu leur four à pain et leur puits, subi des modifications discutables pour devenir des résidences secondaires : il en subsiste encore plusieurs bien conservés.

Devenu plus rural que maritime depuis un quart de siècle, PORSPODER a dû restructurer son agriculture, regrouper les innombrables et minuscules parcelles dont beaucoup constituèrent longtemps une sorte de domaine collectif, les "communaux", qu’on appelait ici "les communs". En 1955, moins de 600 hectares de surface agricole utile étaient encore divisés en 110 exploitations pour la plupart inférieures à la moyenne théorique d’environ cinq hectares. Elles n’étaient plus que 63 en 1970, et 40 en 1979, avec une superficie moyenne de 15,2 hectares, considérable pour une commune côtière. Mais 38 % seulement des terres appartenaient aux exploitants dont pas un n’avait moins de 35 ans d’âge, plus de la moitié ayant atteint ou dépassant 50 ans. Cultures fourragères et pâturages se développaient au détriment des céréales ; on notait un fort accroissement des cheptels bovin et porcin, alors que, faute d’élevage industriel dans la commune, les gallinacés diminuaient.

Par suite de la disparition des emplois maritimes locaux et de l’extension des exploitations agricoles dans les limites d’un territoire cultivable restreint, la population active de PORSPODER ne cesse de diminuer. La baisse est moins sensible pour les professions libérales, commerciales ou artisanales mais seul progresse en nombre le "troisième âge", essentiellement constitué de retraités de toutes sortes (fonctionnaires, gens de mer, cultivateurs) et de leurs veuves. La commune ne retrouve que pendant l’été une vitalité saisonnière, grâce à l’afflux des enfants émigrés qui reviennent au pays en vacances, et à celui des "estivants" de toutes provenances, attirés par le pittoresque et l’incontestable beauté de la région.

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Eglise de Larret

CE QU’ON PEUT VOIR A PORSPODER

MEGALITHES

Dolmens dans des champs proches de KERIVORET, POULLIOT et, d’accès difficile, à l’île MELON. Menhirs dans des champs proches de KERIVORET, CALES, TRAONIGOU, MEZDOUN, SAINT-DENEC, KERHOUEZEL.

Menhir christianisé, dit lec’h, à LARRET (plâcitre).

Cromlec’h : traces imprécises à la presqu’île SAINT-LAURENT (pointe entre la grève blanche et l’anse des noyés, ou PORS-AN-TOULLOU et AR-VERRET).

EGLISES ET CHAPELLES

Eglise paroissiale Saint-Budoc : plusieurs fois remaniée, elle est trapue et, chose remarquable, se dresse directement face à la mer. A l’extérieur, statue de Saint-Pierre, en Kersanton, au-dessus du porche méridional. A l’intérieur, quelques statues anciennes, dont une Sainte-Anne "au regard courroucé", et surtout les deux retables latéraux : à gauche, autel du Rosaire, de style baroque breton (très caractéristique et bien restauré - fin du XVIIème siècle ?), à droite, un ancien triptyque de bois peint (XVIIIème siècle ?) dont les deux côtés évoquent des scènes de la vie de Saint-Budoc.

Chapelle Sainte-Anne (entre le clocher de l’église et la mer). Transformée en salle de catéchisme. On a voulu y voir, sans preuve convaincante, l’ancienne et "dévote" chapelle Notre-Dame, fondée en 1381.

Chapelle Saint-Ourzal - En ruines, récemment déblayées.

Aucune trace de la chapelle Saint-Laurent, dans la presqu’île, ni de la chapelle Saint-Dénec, si elle a existé.

Eglise Saint-Léonor - Ancienne église paroissiale de LARRET jusqu’en 1807. Récemment restaurée.

CROIX ET CALVAIRES

On a dénombré seize croix dans la paroisse. Les plus intéressantes sont à LARRET (entrée du placître), à MENTIBY (sortie de MELON vers LABER elle est insérée dans un petit mur), à PRAT-JOULOU et à SAINT-OURZAL (respectivement, deux et trois croix du haut Moyen-Age qui ne se repèrent pas au premier coup d’œil).

PIGEONNIERS ET VESTIGES_DE_MANOIRS

A KERMENOU et KERAZANT, à LARRET

FONTAINES

Presque toutes aménagées en lavoirs et démunies de leurs saints protecteurs, elles ont perdu tout intérêt. A signaler pourtant, à LARRET, à une centaine de mètres en contrebas derrière l’église, la fontaine du GUILOU. Ancienne fontaine de dévotion à SAINT-OURZAL.

DEFENSE DES COTES

XVIIème - XVIIIème siècles : poudrière et poste de guet à MELON. Autre poste, de plus en plus ruiné, à la presqu’île SAINT-LAURENT.

Mur de l’Atlantique 1940-1944. Plus de trace des champs de mines qui couvraient les dunes, ni des herses métalliques qui hérissaient les plages. Vestiges de blockhaus à PORS-DOUN (ancien rocher "du lapin"), à la presqu’île SAINT-LAURENT (Salle verte), à GARCHINE.

DEMEURES ET FERMES ANCIENNES

Nombreuses dans la commune. Signalons-en au hameau de KEROUSTAT, à KERIVORET, à TRAONIGOU, et, sur la route du bourg à LARRET, de KERDELVAS à GORREQUER.

FOUR A SOUDE

Un four bien restauré dans la presqu’île SAINT-LAURENT. Traces vagues en divers lieux, dans les dunes.

SITES

Site champêtre de LARRET. La solitude de SAINT-OURZAL. Toute la côte, d’une longueur approximative de 8,5 km, et notamment la presqu’île SAINT-LAURENT, la mer vue du bourg, GARCHINE, MAZOU, MELON.

PHARES

On en voit la nuit un nombre variable selon le point d’où on les observe. Citons, du nord au sud : PORTSALL, Le FOUR, Le STIFF, Le CREAC’H, KEREON, La JUMENT, et divers feux et balises.


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